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vendredi 18 janvier 2013

Mariage gay en Belgique : la lune de miel se poursuit.


Ils ne sont pas si nombreux les sujets où ce sont les Belges qui peuvent adresser aux Français ce regard condescendant et un peu paternel, qui exprime autant l’amitié que... la grande déception.

Les manifestations en France contre le projet de « mariage pour tous », qui faisaient suite à un débat aussi enflammé que parfois caricatural, en ont été l’occasion.

En Belgique, la question est réglée depuis le 1er juin 2003. Depuis cette date, deux personnes de sexe différent ou de même sexe peuvent contracter mariage (article 143 du Code civil). Les couples homosexuels choisissant de se marier ont entre eux les mêmes droits et les mêmes devoirs que les hétérosexuels.

Cet élan s’arrêtait cependant à la question de la filiation. Et l’alignement des deux modèles reste encore aujourd’hui imparfait, car la présomption de filiation, qui est la règle en cas de naissance d’un enfant au sein d’un couple hétérosexuel, n’existe pas pour les couples homosexuels.

En 2006, pourtant, le droit à l’adoption ainsi qu’à la PMA pour les couples homosexuels, mariés ou non, ont été ouverts, d’une courte majorité, par le législateur. Les libéraux francophones, et néerlandophones, qui s’étaient majoritairement ralliés au projet de loi sur le mariage, se sont en effet montrés plus réticents sur ces questions.

Le droit à l’adoption reste bien sûr extrêmement théorique lorsqu’il s’agit d’une adoption à l’international, à défaut de reconnaissance de la filiation homosexuelle par les pays d’origine des enfants.

En revanche, cette loi permet au parent non biologique d’un enfant né au sein du couple, d’adopter ce dernier et donc d’exercer aussi pleinement sur lui l’autorité parentale.

La Belgique fut le deuxième pays en Europe, et dans le monde, à légaliser le mariage homosexuel.

L’Eglise catholique en est pourtant un grand pilier historique et conserve une influence politique essentielle. Jusque très récemment, les chrétiens démocrates flamands constituaient la première force politique du pays, et les partis chrétiens siègent presque sans discontinuer au pouvoir.

Alors comment expliquer que ce petit pays, catholique et monarchique, parvint à trancher sans conflit majeur toutes les questions éthiques qui déchirent aujourd’hui la France ? Comment l’euthanasie ou la PMA pour les couples homosexuels ont-ils pu si aisément y entrer dans les mœurs, quand en France le débat reste si passionné ?

Sur ces sujets comme sur d’autres, l’esprit belge, fait de pragmatisme et d’une très ancienne tolérance s’est pleinement manifesté.

Le pragmatisme d’abord. Les enfants élevés par des couples homosexuels n’étant plus exceptionnels, il convenait de leur garantir, comme à leurs camarades, une double filiation, en faisant primer la relation affective sur le lien biologique.

La tolérance, surtout. Car ces législations (mariage gay, PMA, euthanasie, …) défendent un principe simple : il revient à chacun en son âme et conscience d’avoir recours ou non à ce qui n’est qu’une simple possibilité offerte par la loi. Là où la France en appelle aux « sages » d’un comité d’éthique, fait intervenir les hautes autorités civiles et religieuses, débat à coups de grands principes sur la famille, le droit à la vie, etc., la Belgique, elle, fait le choix de laisser les questions éthiques se trancher à l’échelle de chaque individu, en fonction de ses croyances, de ses convictions, de son mode de vie, dans le respect évidemment de certaines limites.

Le mariage y est ainsi essentiellement conçu come un contrat d’ordre privé, indépendant du projet de procréation.

De même, en matière de PMA, la loi parle d’« auteurs de projet parental », sans distinguer le sexe ni le modèle de couple. Il ne revient pas au législateur de déterminer qui a le droit, ou non, d’en avoir un.

Des législations qui ont permis au Premier ministre Elio Di Rupo de se réjouir publiquement de la « modernité » de son pays. Ce n’est pas tous les jours que la Belgique est érigée en modèle !


jeudi 10 janvier 2013

A Bruxelles, le père Noël est une ordure.


Fin décembre 2012, la sonnette retentit. Derrière la porte, le gilet fluorescent clairement identifiable de l’éboueur bruxellois venu ramasser ses étrennes. Celles-ci sont rapidement empochées, en contrepartie d’un petit papier qui me semble bien léger pour un calendrier…

Il s’agit en fait d’un simple prospectus, destiné à nous informer que le service de la propreté va désormais se dégrader. Les sacs jaunes et bleus des déchets recyclables ne seront désormais plus collectés toutes les semaines, mais seulement tous les 15 jours en alternance. Comme cela tombe bien ; je songeais justement à louer une pièce supplémentaire. Elle sera donc destinée à stocker les bouteilles en plastique et autres volumineux emballages.

Merci pour le cadeau !

A peine quelques jours plus tard tombe dans ma boîte aux lettres le nouveau coup de massue…

Quel jour sortir les sacs jaunes, et quand sortir les sacs bleus ? Pas moins de huit calendriers différents viennent nous l’expliquer, chacun s’appliquant à des quartiers et des jours de collecte différents. Le dernier est même réservé à certaines rues spécifiques faisant exception aux règles édictées par les sept premiers…

Un chat n’y retrouverait pas sa boîte de thon éventrée.

J’imagine que face à tant de perplexité, le choix le plus commun aura été finalement de fourguer bleu et jaune dans le même sac, en l’occurrence le blanc, celui des déchets non recyclables, qui eux sont ramassés au même rythme que l’an dernier.

Dans ma rue, la protestation s’est exprimée différemment : tous les riverains ont sorti comme avant tous leurs sacs bleus et jaunes, libre aux recycleurs de faire le tri. Bon, ça avait l’air drôle comme ça, mais quand j’ai dû rentrer le lendemain sous la pluie les tonnes de cartons détrempés qui n’avaient pas bougé du trottoir, je riais bien jaune.

C’est alors que me vint l’idée d’adresser un courrier de protestation au responsable de cette confusion. Commune ? Communauté ? Région ? Ah, Ah… Je n’y étais pas encore. Bruxelles-Propreté, la responsable de ce désastre, est une agence régionale autonome créée en 1990. Elle est dirigée par des fonctionnaires, et financée par la région, mais peut exercer ses activités dans le secteur commercial... à l’abri d’une concurrence trop sévère, certes.

Et des organismes régionaux comme celui là, à Bruxelles, il y en a 23 !

vendredi 4 janvier 2013

Noël : Le Roi des Belges a les boules.


« En ces temps perturbés que nous vivons, soyons vigilants, et montrons-nous lucides face aux discours populistes. Ils s’efforcent toujours de trouver des boucs émissaires à la crise, qu’il s’agisse de l’étranger ou des habitants d’une autre partie de leur pays. Ces discours existent aujourd’hui dans de nombreux pays européens et aussi chez nous.

« La crise des années 30 et les réactions populistes de cette époque ne doivent pas être oubliées. On a vu le mal que cela fit à nos démocraties ».

Par ces phrases historiques, glissées dans son traditionnel discours de Noël, le roi Albert II peut se vanter d’avoir sorti de leur torpeur médias et politiques qui profitaient jusque là d’une trêve des confiseurs bien méritée.

La polémique était lancée.

Car nombreux furent dès le lendemain les constitutionnalistes et politiques flamands dénonçant vent debout le dérapage du monarque « ayant outrepassé ses fonctions » et mis ainsi en « danger » la démocratie, pas moins.

Certes, dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle, le Roi n’a pas à intervenir sur l’échiquier politique, pour faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre.

Mais qu’en serait-il de son rôle de monarque, s’il n’en incarnait pas au moins la fonction symbolique ? A quoi servirait le Roi s’il ne s’efforçait d’appeler encore, envers et contre tous, à l’unité d’un pays, au respect de ses citoyens, et à travers eux de la démocratie ?

Alors certes, Albert II a eu des paroles qui ne sont pas innocentes. Bien évidemment, en ciblant les partis « populistes », il prend à parti directement la N-VA de Bart de Wever. Ce parti qui, ciblant les « ennemis de l’intérieur » wallons, s’est hissé jusqu’au mayorat d’Anvers et a affiché en 2012 un ancrage électoral plus que confortable en Flandre.

Mais comment ne pas être d’accord avec la mise en garde d’Albert II. La montée des mouvements populistes, souvent d’extrême droite, n’est pas un phénomène particulier à la Belgique, et il se doit d’inquiéter tous ceux qui sont attachés à la démocratie.

En refusant en 1990 de promulguer une loi dépénalisant l’avortement, Baudouin avait commis un acte bien plus politique, que son gouvernement avait couvert.

Plus récemment, le 21 juillet 2011, Albert II avait fait vibrer la Belgique d’un appel à l’unité, en pleine crise politique et institutionnelle.

La verdeur des réactions démontre surtout une chose ; c’est que le contexte politique en Belgique s’est profondément transformé. La flamingante N-VA est plus puissante que jamais, et dispose des réserves électorales nécessaires à la conquête de la région flamande 2014. Le caractère républicain affiché par ce parti n’est plus même un problème pour la majorité de ses électeurs. Plus une semaine ne passe sans que la Monarchie soit soupçonnée, épiée, chahutée. Au point que certains rêvent de la voir tomber de son piédestal.

Un jeu dangereux car, si Albert II n’avait pas eu ces paroles, qui donc les aurait eues ? Certainement pas les partis flamands, trop préoccupés de reconquête. Et peut-être même pas les francophones, qui devront un jour gouverner avec eux…

samedi 15 décembre 2012

Comment fuir Néchin-pôts ?


Seule la Belgique pouvait réussir ce tour de force. Apparaître en France comme un véritable paradis fiscal (si tant est que l’on puisse trouver à Néchin des airs de paradis). Et, sur son sol, être sans cesse critiquée pour une imposition jugée quasi-confiscatoire.

D’un côté, une fiscalité si avantageuse sur le patrimoine qu’accourent en Belgique certaines de nos plus grosses fortunes : absence d’ISF, de droits de succession, de fiscalité sur les revenus fonciers, sur les plus values-mobilières et immobilières … De l’autre, une contrepartie douloureuse pour les expatriés et les transfrontaliers qui découvrent souvent trop tard le poids de la fiscalité pesant sur le travail.

Pragmatisme, toujours…Plutôt que de s’indigner contre cette injustice bien installée, le travailleur belge préfère la contourner à sa façon et s’accommode au final du système.

Pour le salarié, cela passe par la négociation d’avantages en nature d’une diversité infinie, à commencer par l’octroi de voitures de fonction, qui représentent aujourd’hui plus de la moitié du parc automobile bruxellois.

Pour les indépendants et commerçants, la fraude à la TVA ne fait même plus office de sport national, elle se fait sans effort.

Je crois ne jamais me lasser de ce petit plaisir qui consiste, une fois le travail d’un artisan terminé, à lui poser innocemment cette question (Française + Blonde = très facile de passer pour une arriérée) :
-           - Vous m'envoyez la facture ?

Je mentirais si je disais qu'une seule fois la réponse fut positive. Depuis la perte de la farde (dossier), à la panne d’imprimante, pas moyen d’obtenir le moindre écrit justifiant du versement de la TVA.

Si la pratique existe aussi en France, au moins se fait-elle beaucoup plus discrète et moins assumée. Ici, à Bruxelles, le commerçant lancé sur le sujet de la fraude fiscale vous servira invariablement un argumentaire bétonné démontrant que c’est bien lui qui est dans le vrai. Et ce, en toute honnêteté !

Nos expatriés peuvent donc en plus des avantages recherchés, être certains qu’un accueil chaleureux leur sera réservé.

jeudi 6 décembre 2012

Père Noël contre Saint Nicolas


Voici peut être une nouvelle illustration de cet art du compromis à la belge qui ne cesse de nous surprendre.

Tandis que leurs voisins bataves ont fait de St Nicolas l’unique patron de leur fin d’année. Tandis que dans le Nord de la France, c’est au contraire le Père Noël qui a emporté le combat contre ce dernier. Ne sachant à quel Saint se vouer, la Belgique, toujours le cœur sur la main, a choisi de ne fâcher ni l’un ni l’autre en invitant chacun d’eux à venir à sa table.

-        -  « En Belgique, vous êtes plutôt Saint Nicolas ou plutôt Noël ?
-        -  Plutôt les deux …», me répond ma voisine interloquée.

Ainsi, à Bruxelles, ce n’est pas une mais deux nuits de merveilles et d’enchantements qui viennent embouteiller les boutiques de jouets en cette fin d’année. Deux hommes en rouge à barbe blanche, deux animaux à ravitailler, deux matins de réveils excités et… deux fois moins de sous dans le porte-monnaie.

Evidemment, pour le Français, les choses sont encore plus compliquées.

N’ayant réalisé que trop tard la ferveur qui entourait la Saint Nicolas, et l’impatience survoltée savamment instillée dans les esprits de ma progéniture, je me suis retrouvée bien embêtée. Expliquer à mon fils que je n’ai jamais entendu parler de ce Saint Nicolas au risque de subir son regard de reproche assassin ? Ou me précipiter in extremis dans la boutique de jouets que je venais de quitter, celle là même où je venais de me ruiner en prévision des fêtes de Noël… Devinez !

Question encore plus épineuse. Comment leur parler de l’arbre de Noël qu’organise cette semaine mon employeur, côté français ? Le père Noël peut-il passer avant Saint-Nicolas sans se rendre coupable de crime de lèse-Saint ? Ou dois-je le rebaptiser Saint Nicolas le temps d’une semaine (mais là encore, gros risque d’exclusion pour mon rejeton).

Où s’arrête Saint Nicolas et où commence le Père Noël ?

Je propose d’organiser une négociation entre les deux protagonistes, pourquoi pas sous le patronage de Saint Martin ou de Santa Claus ? Beaucoup de nuits blanches en perspective, mais la Belgique a déjà bouclé des compromis beaucoup plus difficiles.